samedi 29 novembre 2025

LA QUESTION DU CHÂTIMENT VENANT DES HOMMES DANS LE CORAN EN GÉNÉRAL ET DE LA LAPIDATION EN PARTICULIER

Dans le Coran, le châtiment divin sur terre peut inclure la mort (C.7:73 ; 11:64 et 76 ; 26:158 189 ; 54:16, 21, 31, 37) ou pas (C.22:47 ; 32:21 ; 43:48 et 50 ; 68:33).




Concernant les humains usant du châtiment, "al-'adhāb", (العذاب) envers d'autres humains, cela n'implique jamais la mort dans le Coran. Il y a bien un cas qui pourrait être interprété comme la mise a mort mais il n'en n'est rien. Il s'agit du cas de Pharaon où trois passages indiquent qu'il tuait les enfants mâles et laissait en vie les femmes (C.2:49 ; 7:141 ; 14:6). Ces trois passages indiquent en réalité que c'était le pire châtiment infligé aux enfants d'Israël car [ils ont vu] leurs enfants mâles tués/égorgés, c'était donc une torture pour les enfants d’Israël que d'assister aux meurtres de ses enfants. Il ne s'agit donc pas d'une mise à mort de celui qui subissait ce châtiment, al-'adhāb.

Parmi les humains, commençons par les prophètes. On remarque que les châtiments venant d'eux n'entraînent pas forcément la mort. Il s'agit :

➡️ du châtiment, al-'adhāb, que Salomon menace de faire subir à une hupe (C.27:21). Le prophète la menace de lui faire subir un dur châtiment, al-'adhāb, ou de l'égorger, sauf si elle lui apporte un bon argument. On comprend dès lors que ce dur châtiment exclut la mise à mort puisqu'il pensait soit au dur châtiment soit à l'égorgement.

➡️ des châtiments, al-'adhāb, que subissent les djiins qui étaient sous les ordres de Salomon (C.34:14). Ces châtiments ne concernent évidemment pas une mise à mort puisqu'ils la subissaient avant qu'ils ne se rendent compte de la mort de Salomon qui la leur imposait.

➡️ des châtiments que fait subir Dûl-Qarnayn à ceux qui mécroient (C.18:87). Ici, il n'est pas explicitement dit que les mécréants subissent la mise à mort ou pas. C'est le seul cas où l'on n'a pas de certitude.

Bien entendu, lorsque les prophètes sont envoyés par Dieu vers leurs peuples pour les appeler à Lui, s'ils refusent de croire, alors le châtiment de Dieu tombe sur eux, entraînant leurs morts.

Concernant les musulmans de l'époque prophétique, on peut dénombrer trois passages coraniques où des compagnons doivent faire subir le châtiment, al-'adhāb, sans mise à mort : 

1️⃣ C.4:25 indique que si l'on se marie avec une femme esclave et que par la suite elle commet l'adultère, la 'zina'*, celle-ci recoit la moitié du châtiment, al-'adhāb, des femmes libres et mariées ; 

*En arabe, le terme 'zina' se traduit indistinctement par fornication/adultère.

2️⃣ C.24:2 ceux qui font la 'zina' (fornication) reçoivent 100 coups de fouet comme châtiment, 'adhāb ; 

3️⃣ C.24: 4. 80 coups de fouet contre ceux qui accusent des gens de commettre la 'zina' sans pouvoir apporter 4 témoins. Le mot châtiment, al-'adhāb, n'est ici pas mentionné mais il est implicite.

Ces faits établis, il est maintenant certain que le Coran 24:8 indique un châtiment, al-'adhāb, qui doit être appliqué contre des femmes mariées** ayant commis l'adultère mais sans entraîner la mort, comme l'indique de manière implicite le Coran 4:25. Ceci implique que les hommes et les femmes mariés qui commettent l'adultère reçoivent, comme les célibataires, 100 coups de fouet, et non une mise à mort par lapidation comme indiqué dans de nombreux hadiths.

**pour ce cas particulier mais cela concerne aussi les hommes en général.


Une question s'impose : comment expliquer que dans le Coran, les prophètes Salomon, et probablement Dûl-Qarnayn, prévoyaient un châtiment contre les mécréants qui refusaient de croire sans pour autant les mettre à mort alors que la mécréance est un péché encore plus grave que l'adultère ?

En effet, on sait que Salomon, qui avait une armée puissante, n'envisageait pas de massacrer les mécréants du peuple de Saba s'ils refusaient de croire en Dieu mais de les punir dans ce bas-monde en les expulsant de leur terre (C.27:37). 

Le Coran indique de manière claire et à de nombreuses reprises que la croyance en Dieu ne peut se faire sous la contrainte. 

Au temps de Muhammad ﷺ, la liberté de croire ou de mécroire était totale. Salomon, et probablement Dûl-Qarnayn, ont pris la décision de sanctionner les mécréants dans ce bas-monde pour les éprouver sans pour autant les mettre à mort, ce qui les condamnerait à l'Enfer de manière certaine. On peut faire le parallèle avec les passages coraniques où Dieu châti, après avoir envoyé Moïse, les mécreants d'Égypte dans ce bas-monde sans mise à mort dans le but qu'ils reviennent à Lui (C.32: 21 ; C.43:48 et 50). Car la Miséricorde de Dieu devance Sa colère d'après un hadith connu.

Tous ces éléments m'amènent à conclure qu'il y a une dichotomie forte sur ce sujet entre le Coran et les hadiths qui mentionnent la lapidation pour adultère. Cette dichotomie a été "résolue" par des savants musulmans avec la théorie de l'abrogation du Coran par les hadiths mutawatir. Or pour d'autres savants musulmans comme l'imam ach-Châfi'î, à l'origine de cette théorie, seul le Coran abroge le Coran. Mais c'est le savant Mohammed al-Ghazali (1917-1996) qui a le mieux compris la question de l'abrogation. Selon lui, l'abrogation de certains versets par d'autres est une vision totalement fausse. Tout verset peut agir sur la société à un moment donné. Il suffit de savoir quand actionner un verset, et c'est ainsi qu'on peut parler d'un Coran valable pour tous les temps et tous les lieux (Mohamed al-Ghazalî, "Comprendre le Coran aujourd'hui", éd. Universel, 2006, p.120-121).


Remarque

Pour ce qui est du C.33:30, contrairement à ce que l'on pourrait penser, pour le châtiment, al-'adhāb, indiqué, il s'agit d'un châtiment quadruplé dans l'au-delà qui est évoqué dans le cas où une épouse du Prophète Muhammad commettrait la turpitude. En effet, le terme, "Il double / (يُضَاعَفْ)", a 9 occurrences dans le Coran, et 8 d'entre elles parlent du châtiment dans l'au-delà. C'est pourquoi le châtiment, al-'adhāb, du Coran 33:30 concerne très probablement l'au-delà. D'ailleurs, quel musulman pourrait, ne serait-ce que par respect envers le prophète Muhammad ﷺ, imaginer lever la main sur une de ses femmes ?

يَا نِسَاءَ النَّبِيِّ مَن يَأْتِ مِنكُنَّ بِفَاحِشَةٍ مُّبَيِّنَةٍ يُضَاعَفْ لَهَا الْعَذَابُ ضِعْفَيْنِ وَكَانَ ذَلِكَ عَلَى اللَّهِ يَسِيرًا (33:30)

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