dimanche 22 avril 2018

L'analyse des "mots ou phrases crochets" du Coran par Guillaume Dye

J'aborde avec plaisir ce sujet très intéressant, passionnant même puisqu'il touche au fondement du dogme de l'inimitabilité. Il s'agit de l'authenticité du Coran.

Guillaume Dye a eu l'amabilité de m'envoyer son article qui critique les travaux de Michel Cuypers : "Réflexions méthodologiques sur la rhétorique coranique"
Je l'ai lu et leur ai envoyé mon commentaire sur un point non évoqué par Cuypers, lors de sa réponse à G. Dye, qui concerne les mots ou phrases crochets. C'est en effet un sujet qui me semble très important. En réponse, Cuypers m'apprend les raisons pour lesquelles il n'a pas évoqué ce sujet. Il trouve d'abord l'hypothèse de G. Dye intéressante. Ensuite, ce domaine de la critique historique n'est pas sa spécialité.

Que dit Guillaume Dye ?

Guillaume Dye donne dans son article "l'explication la plus plausible" en terme de conclusion concernant les mots ou phrases crochets du Coran qui lient harmonieusement les sourates N et N+1 et qui se résume en un mot : interpolation. Des scribes auraient donc ajouté ces mots ou phrases crochets lors de la mise en compilation du Mushaf après la mort du prophète Muhammad (sws).

Citons deux exemples de liaisons harmonieuses entre les sourates N et N+1 à la page 164 du pdf :

1)
Q 1:6 (ihdinā ṣ-ṣirāṭa l-mustaqīm) «s ’accroche» très bien à Q 2:2 (ḏālika l-kitābu lā rayba fīhi hudan li-l-muttaqīn), pour des motifs thématiques (la notion de guidance) et phonétiques (mustaqīm /muttaqīn).

2)
Le thème de la véracité de la révélation et de la croyance permet le lien entre Q 12:111 et Q 13:1 ( Noter l’opposition yu’minūn/lā yu’minūn.)

Selon G. Dye, "le principe [N, N+1] fonctionne dans 85,41 % des cas" dans les 50 premières sourates qui comportent 86.04% de la totalité" du Coran, "les cas où elle ne se vérifie pas s’expliquent en général très facilement". Ceci montre clairement que cela ne peut être dû à un hasard, chose que les musulmans affirment aussi, par ailleurs.

Il faut savoir que l'un des trois avis des savants musulmans est que l'ordonnancement des sourates à été fait par le prophète Muhammad lui même. Cet ordonnancement des sourates de la plus grande à la plus petite, à quelques exceptions près, combiné avec leurs enchaînements harmonieux (grâce aux mots ou phrases crochets) ne peuvent logiquement pas avoir de liens avec la chronologie des sourates. Or, le Coran est descendu dans le temps, versets par versets, sourates par sourates durant ces 23 ans de la prédication de Muhammad (sws) dans un ordre totalement différent de l'ordonnancement des sourates tel que nous avons.

Guillaume Dye écrit d'ailleurs :
"Autrement dit, par quel miracle le début de la sourate N+1 s’enchaîne-t-il harmonieusement avec la fin de la sourate N, alors même que les sourates se trouvent à peu près ordonnées des plus longues aux plus brèves ?"

Et si justement il s'agissait d'un miracle, une preuve d'inimitabilité du Coran ?
Bien que le sujet soulevé n'est pas nouveau, la conclusion de Dye, après sa démonstration minutieuse, est une thèse qui convaincra n'importe quel non-musulman de la justesse des arguments. Sauf que... elle est contredite par les données matérielles. Je m'explique :
Michel Cuypers et Geneviève Gobillot citent M.-A. Amir-Moezzi dans le livre "Idées reçues sur le Coran" au sujet des manuscrits de Sana'a (p.18) :
"En sus de quelques variantes orthographiques et lexicographiques mineures, 22 % des 926 groupes de fragments étudiés présentent un ordre de succession de sourates complètement différent de l'ordre connu."

On remarque que sur ces 22% des 926 corans indiqué par Moezzi, il n'a été signalé aucun changement majeur dans le texte qu'implique les mots ou phrases crochets sur une version coranique originale.
Or, si ces manuscrits qui diffèrent complètement dans l'ordre des sourates gardent exactement les mêmes mots (pour ce qui est des mots et phrases crochets du moins) cela tendrait à prouver que la thèse que défend G. Dye est probablement erronée puisqu'aucun scribe n'est intervenu matériellement sur les milliers de feuillets coraniques du 1er siècle de l'hégire pour harmoniser les sourates après les avoir ordonnées en gros de la plus grande à la plus petite. En d'autres termes il n'y a aucune différence dans le texte entre les anciens manuscrits qui suivent l'ordre des sourates actuel et les anciens manuscrits qui ne le suivent pas. D'où la contradiction entre cette thèse purement théorique et les nombreuses données matérielles.

La réponse de G. Dye pour ce qui concerne les 22% des 962 corans qui ont un ordre de sourates différent de celui d'Othman est qu'il "faudrait donc plus de détails sur le corpus exact sur lequel se fonde Amir-Moezzi (Cuypers et Gobillot ne donnent pas la référence de son affirmation)".
Quant au palimpseste de Sana'a, G. Dye assure que les passages concernant ces "interpolations" ne sont pas présents dans la couche inférieure du palimpseste.

En fait apres vérification, il y a bien une phrase crochet dans la couche inférieure du palimpsteste de Sana'a (le folio 32A où se trouve le Q 12 :111 et le folio 34B où se trouve le Q 13 : 1.  :
http://www.islamic-awareness.org/Quran/Text/Mss/soth.html) mais dans le livre Sadeghi et Goudarzi que l'on peut trouver en ligne (https://www.scribd.com/doc/110978941/Sanaa-1-and-the-Origins-of-the-Qur-An) on ne trouve que deux mots sur tout le verset du Q13:1 de la couche inférieure, ce qui est trop peu pour en tirer une quelconque conclusion même si ces deux mots sont identiques au Coran d'Othmân.

Conclusion :
Suite aux échanges avec G. Dye, on peut dire que même si effectivement le Q12:111 et le Q13:1 de la couche inférieure du palimpsteste de Sana'a sont identiques au coran d'Othmân, et à supposer que cette couche inférieure soit antérieure à celui-ci, cela ne changera pas la conviction de Dye qu'on a à faire à des interpolations, les mots ou phrases crochets sont trop nombreux effectivement pour être tous démentis par les données factuelles. Bien entendu je comprends ce raisonnement étant donné qu'ils excluent d'avance l'idée de miracle.
Le problème est que ces interpolations ne sont vérifiables dans aucun des très nombreux manuscrits coraniques anciens. Au contraire, tous les manuscrits anciens authentifient plutôt le Coran actuel.
Pour moi, G. Dye se trouve donc dans une impasse :
Sa thèse est convaincante pour l'esprit scientifique non-musulman certes mais sans pouvoir y apporter la moindre preuve parmi ces très nombreux exemples de mots ou phrases crochets cités dans son article.
Un esprit scientifique musulman par contre y trouvera en s'appuyant sur le fait que les anciens manuscrits coraniques sont identiques à peu de choses près au Coran actuel une explication simple confirmant la nature du Livre : Le Coran étant parole Divine et Dieu Omniscient (connaissant les événements passés et futurs), ces mots ou phrases crochets qui lient les sourates N et N+1 appuient le caractère de l'inimitabilité du Coran, celui miracle coranique. Et un miracle n'a pas d'explication.

mercredi 4 avril 2018

La rhétorique sémitique, un nouveau critère indispensable à ajouter pour authentifier les hâdiths ?

C'est en lisant les articles de Roland Meynet, spécialiste de la rhétorique sémitique dans la Bible et Michel Cuypers specialiste de la rhétorique sémitique dans le Coran qu'il m'est venu à l'idée de rajouter un nouveau critère pour authentifier un hâdith qui pourrait être déterminant. Il s'agit de vérifier si le hâdith est bien composé en rhétorique sémitique, ce qui permettra du coup d'éliminer les hâdiths qui ne sont pas construits suivant cette règle. Il sera certain dès lors que ces hâdiths auront été fabriqués ou inventés bien après la mort du prophète, à un moment où la rhétorique sémitique fut remplacée par la rhétorique grec que l'on utilise de nos jours partout dans le monde.

Or, on sait que les premiers commentateurs du Coran depuis le 9ème siècle au moins ne connaissaient pas la rhétorique sémitique, qui a été oubliée depuis donc au moins l'époque de Bukhari et Muslim. C'est ce que constate Michel Cuypers. Pourtant il a été constaté aussi que jusqu'à au moins quelques décennies après l'époque du Prophète, la rhétorique sémitique était le moyen de composer des textes chez les arabes puisque la Qasida, au moins une partie des hâdiths (6 hâdiths de Bukhari et Muslim ont pu être vérifiés) et le Coran sont ainsi composés.
À ce jour seulement quatre hâdiths célèbres de Bukhari et deux de Muslim ont été analysés par Roland Meynet. Le choix n'etait donc pas un hasard d'autant qu'il dit lui même avoir choisi ceux qui "allaient bien [...] pour la rhétorique sémitique". Reste à vérifier les milliers de hadiths de ces deux corpus. Et il risque d'y avoir des surprises.
J'ai soumis l'idée à Meynet puis à Cuypers, le premier m'avouant ne pas y avoir pensé, le second disant que c'est une remarque intéressante qui mérite d'être vérifiée dans les textes.

Pour en savoir un peu plus sur la rhétorique sémitique dans le Coran sur Wikipédia (texte bien sourcé que j'ai rédigé avec un autre contributeur d'ailleurs) :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Coran#Rhétorique_sémitique_ou_la_question_de_la_cohérence_du_texte

Bukhari :
Construction parallèle
2, 33
3, 20
23, 93bis
24, 26

Muslim :
Construction concentrique :
1, 1
1, 6

dimanche 1 avril 2018

Petite réflexion suite à ma contribution dans l'article Coran de Wikipédia

La composition du Coran en rhétorique sémitique qui est d'une très grande complexité ce qui en fait un représentant éminent de ce type de composition selon Cuypers dépassant même tous les autres textes (même la Bible), combiné à l'agencement des sourates qui fonctionnent par paires thématiques ainsi que les fins des sourates [N] et les débuts des sourates [N+1] qui sont liées avec des mots crochets alors que l'ordre chronologique est différent de l'ordre établit dans le Mushaf ce qui fait dire à Dye qu'en dehors de l'explication du miracle il y a l'hypothèse de l'interpolation, sans oublier la très riche et complexe intertextualité dans le Coran qui fait des multiples liaisons avec des textes antérieurs de la Bible et des textes apocryphes, mais aussi la complexité de la langue coranique qui emprunte des mots de beaucoup de langues sémitiques, et enfin l'unité textuel et la cohérence de l'ensemble du Coran selon Boisliveau... tout ces faits fragilise l'hypothèse de sa rédaction par de nombreux auteurs et sur une longue période de l'école hypercritique.

Ma question est comment un Livre que certains prétendent n'être qu'un plagiat des textes antérieurs peut-il les surpasser ?

Sections à lire :
1) Données sur la composition en rhétorique sémitique :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Coran#Rhétorique_sémitique_ou_la_question_de_la_cohérence_du_texte

2) Données intertextuelles :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Coran#Données_intertextuelles

vendredi 17 novembre 2017

Les différences entre la couche inférieure du palimpseste de Sana'a et le Coran actuel

De tous les manuscrits coraniques anciens existants, seul le palimpseste de Sana'a diffère du Coran actuel.
Asma Hilali qui a étudié les 36 folios du palimpseste le dit elle même que c'est "un manuel de lecture et d’apprentissage du Coran" puisque au début de la sourate 9 le scribe écrit la basmala sauf que dans tous le Coran actuel c'est la seule sourate qui ne debute pas par cette formule. On trouve une correction d'un correcteur qui écrit "ne dit pas "Au nom de Dieu"".
Des chercheurs ne sont peut-être pas de son avis mais on en saura bientôt beaucoup plus puisqu'a été trouvé récemment en 2017, toujours à Sana'a, 40 autres folios de ce même palimpseste

Ci-dessous les différences entre la couche intérieure du palimpseste et le Coran actuel tiré du livre de Asmâ Hilali, "The Sana Palimpsest" de février 2017. Malheureusement les 40 folios trouvés récemment ne sont pas inclus.

Le dernier tableau concerne la couche supérieure.








dimanche 12 novembre 2017

L'école hypercritique en difficulté

L'exemple de Guillaume Dye




Depuis les travaux de Michel Cuypers ou Anne-Sylvie Boisliveau qui montrent qu'il y a probablement plus un rédacteur du Coran qu'un ensemble de rédacteurs, ainsi que les datations des manuscrits coraniques proches des dates de la révélation  (610-632), l'école majoritaire hypercritique est en difficulté même si ses défenseurs s'en défendent.

Sans même parler de Dieu comme source Divine du Coran, Guillaume Dye dans un article du livre "CONTROVERSES SUR LES ÉCRITURES
CANONIQUES DE L’ISLAM", exclut d'avance que le prophète soit l'auteur du Coran (comme le font les membres de son école d'ailleurs) pour la raison simple que tous leurs travaux tomberaient à l'eau :

"Naturellement, si l’on fait de Muḥammad l’auteur du Coran, ou si l’on fait du Coran le simple calque de ses paroles (autrement dit, le recueil de ses ipsissima verba), on exclut de l’étude du Coran la plupart des méthodes de la critique biblique."


De plus, Dye n'a d'autres choix que de prétendre que l'enchaînement harmonieux entre les fin des sourates N et les débuts des sourates N+1 ("le principe [N, N+1] fonctionnent dans 85,41 % des cas" dans les 50 premières sourates du Coran, "les cas où elle ne se vérifie pas s’expliquent en général très facilement" ) prouvent pour lui que c'est un travail de scribes qui ont rédigés le Coran après les dates supposées de l'apparition du prophète Muhammad (sws), vers la moitié du VIIème siècle (sans pouvoir donner l'étendue dans le temps de la rédaction à cause des manuscrits coraniques anciens).
Il affirme cela car l'ordonnancement des sourates de la plus grande à la plus petite, à quelques exceptions près, combinée avec leurs enchaînements harmonieux ne peuvent coller avec la chronologie des sourates, selon lui.
On voit bien là que l'aspect miraculeux du Coran est d'office écarté, on sait pourtant que l'ordonnancement à été établi sous l'ordre du prophète lui même comme le rapporte une tradition.
Or, selon M.-A. Amir-Moezzi :
En sus de quelques variantes orthographiques et lexicographiques mineures, 22 % des 926 groupes de fragments étudiés présentent un ordre de succession de sourates complètement différent de l'ordre connu
Et pourtant ces mots crochets (tels que "qul") existent dans les plus anciens manuscrits coraniques. Ceci prouve clairement qu'il n'y a jamais eu d'interpolations de ces mots crochets. Les ajouts des scribes de mots crochets pour coller entre les sourates N et N+1 est donc une simple hypothèse démentie par les faits.


En définitive ce que l'on pourrait reprocher à ces chercheurs c'est de nier systématiquement toute possibilité que la science ne puisse répondre de manière rationnelle à tout, et plus précisément à ce qui se présente ici bel et bien comme un miracle coranique. En d'autres termes que des données coraniques puissent échapper à la science des hommes.


EXTRAITS de Dye :


"Le classement des sourates selon un ordre de longueur décroissant est valable de manière générale, malgré quelques exceptions. C’est un ordre qui ne dépend pas du contenu des sourates. Ce classement s’accorde par ailleurs avec celui qui ordonne les sourates selon un système de mots-crochets et de phrases-crochets, rapprochant la fin, et parfois le début, de la sourate N, du début de la sourate N + 1. Or si l’on suppose que les sourates sont des compositions indépendantes, qui remontent, dans leur intégralité, à l'époque du Prophète (c’est-à-dire avant ce qu’il est souvent convenu d’appeler la collecte du Coran), comment se fait-il que deux classements qui n’ont en principe rien à voir (classement selon la longueur, ordre selon les phrases et mots-crochets des débuts et des fins des sourates), soient concordants ? Autrement dit, par quel miracle le début de la sourate N + 1 s’enchaîne-t-il harmonieusement avec la fin de la sourate N, alors même que les sourates se trouvent à peu près ordonnées des plus longues aux plus brèves ? L’explication la plus plausible est que ce sont les scribes à qui a échu la tâche de composer le Coran qui sont responsables de ces phrases-crochets, ce qui veut dire que les fins des sourates, et parfois aussi les débuts, ont souvent été ajoutés et rédigés au moment de la composition du Coran en un muṣḥaf. Un examen des passages concernés le confirme. On a affaire à des interpolations évidentes (Q 4:176 ; 22:78 ; 26:227 ; 48:29), et à d’autres qui le sont peut-être moins, mais dont on voit bien vite qu’elles entretiennent plus de relations avec le début de la sourate suivante qu’avec les versets qui la précèdent (Q 3:200). Ces passages sont souvent introduits par qul (« Dis : etc. ») : Q 11:108-109 ; 17:111 ; 20:135 ; 21:112 (qāla) ; 23:118 ; 25:77. On a là, à mon sens, un bon exemple du travail éditorial et rédactionnel des scribes – un travail qui ne se limite pas à replacer, avec plus ou moins de liberté, les « pièces d’un puzzle », mais à rédiger des versets et à mettre en scène une figure prophétique et un discours adressé au Prophète {472} . De ce point de vue, le rôle des scribes dans le travail de composition du Coran n’est peut- être pas moindre que celui des scribes qui ont composé les livres prophétiques de la Bible, même si la période entre la prédication de Muḥammad et la composition du muṣḥaf coranique est beaucoup plus brève.


Conclusion

Loin de nous conduire à admettre l’unité originelle du texte, les analyses de Cuypers nous montrent, et nous permettent de comprendre, le travail des scribes et leur rôle dans la rédaction du Coran. On peut penser que l’essentiel du texte coranique, en tout cas du ductus consonantique, est établi au cours de la seconde moitié du VII e siècle (il me paraît difficile de donner une date plus précise en l’état actuel de la recherche). Il s’agit donc d’un processus de composition plus long que celui indiqué par la tradition musulmane, selon laquelle les textes qui forment le Coran existaient tous à la mort du Prophète, même si (selon la plupart des traditions) ils n’avaient pas encore été réunis en un codex. Or le principal défaut des hypothèses de Bell et Blachère (à peu près systématiquement contestées par Cuypers) est qu’elles restent finalement très tributaires de l’image du Coran, et de son histoire, que donne la tradition musulmane. L’analyse rhétorique nous invite à voir les choses autrement. D’une part, en mettant en évidence l’intertextualité qui informe nombre de passages coraniques, elle renforce l’approche méthodologique qui consiste à lire le Coran, non d’après la « biographie » de Muḥammad, mais à la lumière des références à la littérature biblique, à savoir non seulement la Bible et les écrits pseudépigraphiques et apocryphes, mais également la littérature exégétique et homilétique chrétienne et juive (on pourrait aussi ajouter les textes manichéens), sans oublier bien sûr les traditions orales et populaires, plus difficiles cependant à étudier, puisqu’elles ont laissé moins de traces écrites. Cette approche en termes d’intertextualité, ou plutôt de « sous-texte », est un moyen assez sûr de replacer le Coran dans son contexte historique et littéraire."


En bonus le livre en question en pdf :

https://www.google.fr/url?sa=t&source=web&rct=j&url=http://laportedusavoir.fr/wp-content/uploads/2016/12/Controverses-sur-les-ecritures-canoniques-de-lislam.pdf&ved=0ahUKEwir5smayLnXAhXCfxoKHYyRA8kQFggeMAE&usg=AOvVaw27qilepPOhl0LUp9GxG3aW

jeudi 26 octobre 2017

Pas d'agriculture à la Mecque au temps du prophète ?

Critique de l'école hypercritique


Il est difficile de parler de la Mecque d'avant l'islam vu l'absence de témoignage archéologique mais ce qui est sûr c'est que contrairement à ce que la tradition affirme elle ne fut pas une grande cité, bien loin de là. Sa taille était tout à fait négligeable comme le dit Christian Robin, c'est pourquoi elle ne semble être mentionnée nulle part dans l'antiquité.

La Mecque était sans aucun doute une oasis étant donné qu'il y avait très certainement dans l'antiquité et jusqu'à aujourd'hui une source d'eau pure appelée zamzam. Et de fait c'est ce qui atteste de manière certaine de son existence depuis au moins sa découverte par l'homme dont la tradition fait remonter à Abraham puisque c'est son épouse Hagar qui aurait découvert la source d'eau grâce à l'intervention d'un ange.



Dans le Coran on constate qu'à l'arrivée d'Abraham dans cette vallée il n'y avait pas d'agriculture mais celui-ci fit une invocation pour que Dieu les nourrisse de fruits :

37. Ô notre Seigneur, j’ai établi une partie de ma descendance dans une vallée sans agriculture, près de Ta Maison sacrée [la Ka˒ba], - ô notre Seigneur - afin qu’ils accomplissent la Ṣalāt. Fais donc que se penchent vers eux les cœurs d’une partie des gens. Et nourris-les de fruits. Peut-être seront-ils reconnaissants ?

14-Ibrahim : 37


126. Et quand Abraham supplia: «Ô mon Seigneur, fais de cette cité un lieu de sécurité, et fais attribution des fruits à ceux qui parmi ses habitants auront cru en Allah et au Jour dernier», le Seigneur dit: «Et quiconque n’y aura pas cru, alors Je lui concèderai une courte jouissance [ici-bas], puis Je le contraindrai au châtiment du Feu [dans l’au-delà]. Et quelle mauvaise destination!»

2-Al-Baqara : 126



Cela est confirmé avec le verset suivant qui montre qu'au temps du prophète venaient à la Mecque des fruits de toutes sortes :

57. ...Ne les avons-Nous pas établis dans une enceinte sacrée, sûre, vers laquelle des produits de toute sorte sont apportés comme attribution de Notre part? Mais la plupart d’entre eux ne savent pas.

28-Al-Qasas : 57


Par contre à partir du moment où il y avait une oasis à la Mecque il y avait donc immanquablement une agriculture si petite soit-elle comme le confirme Leïla Nehmé. Et donc le verset 63-64 de la sourate 56 qui parle de Mecquois faisant de l'agriculture n'est en rien contredictoire :

63. Voyez-vous donc ce que vous labourez ?
64. Est-ce vous qui le cultivez ? ou [en] sommes Nous le cultivateur ?

56-Al-Waqi'a : 63-64


Et après ça certains révisionnistes à partir de ces deux derniers versets continueront à affirmer que Petra est la vraie Mecque.

mardi 24 octobre 2017

Harrat Khaybar est-elle la cité de Sodome du Coran ?

Il a été découvert près de 400 structures de fabrication humaine qui pourraient remonter à des milliers d'années.

Bien qu'il soit trop tôt pour affirmer quoi que ce soit, on remarque déjà trois points communs avec la cité de Sodome du Coran :

1) proximité avec Médine (65km), lieu où est descendue la révélation au Prophète Muhammad (sws) qui fait dire à certains que les Medinois étaient très proche des ruines de Sodome (Coran 37:137-138) :
137. "Et vous passez certainement auprès d’eux le matin
138. et la nuit. Ne raisonnez-vous donc pas ?"

2) destruction de cette cité par des pluies de laves d'un volcan (Coran 51:32-34 et Coran 11:82-83)

3) Abraham dans le Coran habitait à un moment de sa vie à Bakka (la Mecque) qui est assez proche de Médine qui est elle même proche de Harrat Khaybar (coran 22:26 ; 22:31-32 ; 14:36 et 2:127), sachant qu'Abraham connaissait le peuple de Sodome et Loth

Il est à remarquer que les premières datations de cette destruction pourraient remonter à au moins 7000 ans (5000 avant JC), ceci reste à confirmer vu qu'il y a eu plusieurs éruptions dont le dernier remonte de -700 à -600.
De plus, s'il y a autant de structures c'est qu'il y avait forcément des habitations en grands nombres aux alentours. Je pense personnellement que ces structures étaient utilisées soit pour l'agriculture, soit pour garder les animaux de traits par exemple.

D'autre part, si selon l'analyse de Geneviève Gobillot les passages coraniques impliquent que l'emplacement de sodome n'est pas à proximité immédiate du volcan il en est pas loin, à quelques kilomètres tout au plus (voir la citation du paragraphe 114, à la fin).

Un article intéressant et détaillé sur le sujet :
https://www.sciencealert.com/a-new-type-of-ancient-monument-has-been-found-in-saudia-arabia

Le très interessant article de Geneviève Gobillot sur Sodome : "Histoire et géographie sacrées dans le Coran, L’exemple de Sodome"
https://mideo.revues.org/318#tocto2n3

Dont voici quelques passages qui correspondent au site de Harrat Khaybar :

94 "Si l’on récapitule celles que nous avons rassemblées jusqu’ici, le déroulement matériel de la destruction de la cité de Loth aurait été le suivant : d’abord, surgit à l’aurore le cri (ṣayḥa) correspondant au tremorharmonique d’un séisme qui a mis la ville sens dessus-dessous (ǧaʿalnā ʿāliyahā sāfilahā). Cette secousse aurait été elle-même suivie d’un phénomène de pluies (maṭar)solides provenant d’un nuage d’origine volcanique (ḥāsib), la racine sa.ǧa.ǧa évoquant en arabe d’un matériau, la lave, qui coule en grande quantité."

"Cela peut également signifier que l’emplacement de Sodome se caractériserait par un terrain plat, qui pourrait correspondre à celui d’une vallée."

109 "C’est aussi sans aucun doute en ce sens que le verset (29, 35) dit que Dieu a laissé « quelque chose » de cette cité, à savoir un signe (āya) pour les gens qui réfléchissent : « Nous avons ‘‘laissé d’elle’’ (la Cité) un signe évident (wa-laqad taraknā minhā āyatan bayyinatan) qui puisse être une preuve pour un peuple qui intellige. » Il ne peut s’agir ici, en fonction du contexte, que d’une allusion à un témoignage archéologique aisément repérable, permettant de reconnaître en ce lieu la présence de l’ancienne cité. L’utilisation coranique du verbe « laisser » indique en effet que Dieu a épargné un vestige rendant possible l’identification de la cité et facilitant du même coup la compréhension du fait que la renaissance était déjà présente en puissance lors de sa destruction et de son rabaissement par la lave."

113 "Le rassemblement de tous ces éléments : terrain ayant subi un séisme, mais relativement plane, puisqu’ayant été recouvert de laves argileuses apportées par la voie des airs autour du xxe siècle av. J.-C., paysage verdoyant et fertile au viie siècle apr. J.-C., emplacement àproximité d’une route ancestrale connue de tous et encore praticable à l’époque, située, de plus, non loin d’une zone ignée, donc de terrains volcaniques, constitue une information qui devient particulièrement précise. On a vu, de plus, que l’emplacement devrait comporter au moins une ruine ou un vestige identifiable."

114 "Il faut ajouter à cela que la pluie solide, ayant dû subir une décomposition pour devenir un terrain fertile, l’emplacement en question n’était sans doute pas lui-même un terrain volcanique, ni couvert de laves basaltiques. En effet, le Coran précise que cette pluie de lave est arrivée sous la forme d’une tempête (ou d’un nuage) (ḥāsib) (54, 34). Or, l’expérience a montré que les laves peuvent, dans certains cas, être transportées dans les airs à des kilomètres de distance du volcan dont elles sont sorties. Il ne peut pas non plus s’agir d’une oasis qui serait restée en activité sans interruption depuis la plus haute antiquité, mais d’un lieu ayant connu la désolation et la désertification durant une certaine période, mais assez proche d’un cours d’eau ayant pu favoriser son irrigation à la période byzantine."