samedi 20 juin 2026

Le calendrier lunaire aurait été adopté du temps de Muhammad ﷺ ou du calife Omar ?


De nombreux intellectuels de notre époque affirment que le calendrier luni-solaire a été abandonné bien après la mort du Prophète, voire après le règne des quatre premiers califes. Qu'en est-il exactement ?

Il y a au moins deux arguments croisés avec les données extérieures qui soutiennent l'hypothèse que le calendrier lunaire a été adopté au moins du temps du calife Omar. Il s'agit de :

1️⃣) la bataille de Yarmouk

L'universitaire Sami Bibi écrit dans son article (https://www.lescahiersdelislam.fr/La-Perversion-du-Calendrier-Musulman_a1897.html) :


"Les sources musulmanes datent son début le 12 RAJAB de l’année 15 de l’hégire, soit 13 ans environs après la bataille de Badr et 6 ans après la date présumée de l’abolition de l’intercalation. Les sources byzantino-syriaques datent son début le 20 août 636 du calendrier julien. Cela signifie que le mois de Ramadan de la quinzième année de l’hégire avait commencé le 6 octobre 636.

Force est de constater que jusqu’à la 15ème année de l’hégire, soit 6 ans après l’abolition présumée de l’intercalation, les mois du calendrier musulman étaient toujours luni-solaires."


Sauf que d'après le convertisseur de dates lunaires en calendrier julien, le 12 RAJAB de l’année 15 de l’hégire correspond au 20 août 636 comme l'ont indiqué les sources byzantino-syriaques. Si effectivement, "le mois de Ramadan de la quinzième année de l’hégire avait commencé le 6 octobre 636", cela est dû au calendrier lunaire puisque ce phénomène se produit tous les 33 ans (https://www.aly-abbara.com/utilitaires/calendrier/calendrier_hijir.html).


2️⃣) la mort de Omar .

Le calife Omar est mort le 5 novembre 644 correspondant au 28 dhul Al-Hijja de l'an 23 AH où il y a eu une éclipse solaire d'après la tradition. La NASA confirme justement l'éclipse solaire à cette date là. Il y a donc une correspondance entre la date de l'éclipse solaire, le 05 novembre 644 et la date du 28 dhul Al-Hijja de l'an 23 AH donné par la tradition. Ce qui veut dire que le calendrier était lunaire puisque d'après le Convertisseur bi-directionnel - calendrier lunaire arabe Hégirien / calendrier Julien-Grégorien -, le 28 dhul Al-Hijja de l'année 23 AH correspond au 05 novembre 644 (https://www.aly-abbara.com/utilitaires/calendrier/calendrier_hijir.html).

De plus, le mois du Ramadan s'est passé 4 mois avant le mois de dhul Al-Hijja , c'est-à-dire le début juillet 644. Donc en été, pas en automne comme le voulait le calendrier luni-solaire. Le calendrier était donc bien lunaire depuis le règne du calife Omar au plus tard.


Reste à savoir si le calendrier lunaire remonte au Prophète Muhammad. Et c'est là que ça se corse. Il y a bien une date extérieure à la tradition islamique avec le cas de l'éclipse solaire qui coïncide avec le jour de la mort d'Ibrahim, fils du Prophète. Cependant, la date de la mort d'Ibrahim donné par la tradition semble erronée.




3️⃣) le calendrier au temps du Prophète était lunaire ou luni-solaire ?

Je vois deux possibilités à ce sujet :

A) la date de décès du fils du Prophète Muhammad, Ibrahim 

La mort d'Ibrahim, remonterait au dix du mois de Rabi‘ al-Awwal de l’année dix (10 AH) selon la chronologie traditionnelle. Toutefois, elle est jugée faible par les critiques des hadiths (https://dorar.net/h/wnDwXRdM?osoul=1). Cette date correspond au 16 juin 631 selon le calendrier hégirien. Il y a eu une éclipse solaire ce jour là d'après les hadiths. Cependant, l'éclipse solaire s'est produit d'après la NASA le 27 janvier 632 (https://eclipse.gsfc.nasa.gov/SEsearch/SEsearchmap.php?Ecl=06320127) correspondant d'après le convertisseur au 28 Chawwal de l'année 10 AH. Il y a donc un décalage de 6 mois (31+31+30+31+30+31=184) auxquels on rajoute le mois de juin 631 (15 jours) et les 27 jours du mois de janvier 632. Ça fait 184+15+27=226 jours de décalage.

Tous les ans le calendrier lunaire compte 10,87 jours en moins par rapport au calendrier solaire.

365,25 jours du calendrier solaire 

6 mois + 15 jours + 27 jours de décalage font 226 jours dans le calendrier lunaire 

226÷10,87=20,79 ans de décalage entre le calendrier lunaire et solaire.

L'énorme écart entre le calendrier lunaire et solaire (assimilé ici au calendrier luni-solaire) implique que la séparation entre ces deux calendriers aurait été entamé à partir du 16 février 611 :

632-20,79=611,21 

611,21 correspond au 16 février 611 (0,21×12÷1=2,52 avec le chiffre 2 pour février et 0,52 pour le 16).

Est-ce un hasard si l'on constate que l'an 611 semble correspondre à la date du début de la révélation coranique selon la Tradition (612) ?

D'après mes calculs, si la date traditionnelle n'est pas erronée, ce qui est loin d'être prouvé, il se pourrait que la suppression des mois intercalaires chez les musulmans remonterait à l'époque de la révélation coranique qui débuta à La Mecque en 612, car les mois intercalaires auraient été considérés par les musulmans comme de la mécréance d'après la révélation de la sourate 9. Les musulmans auraient fait l'effort de calculer rétroactivement les événements avec le calendrier lunaire pur à partir de la révélation coranique en 612.

On sait, d'après la tradition, que le calife Omar réunit les compagnons pour fixer l'année 1 du calendrier lunaire : il fallait choisir entre la naissance du Prophète, le début de la Révélation en 612, ou l'Hégire. C'est l'Hégire (622) qui fut choisie, car elle marquait la naissance de l'État islamique à Médine. 

D'où ma question : et si l'année 1 du calendrier lunaire commence en 622 mais que le comptage des années de la révélation d'avant l'Hégire, c'est-à-dire depuis 612 qui est l'année de la révélation coranique, n'avait pas pris en compte les mois intercalaires puisque considérés par la suite comme de la mécréance ?


Mais il y a un événement qui va permettre de mieux cerner quel calendrier le Prophète suivait vers l'an 10 de l'Hégire. Mieux que cette date traditionnelle probablement erronée de la mort du fils de Muhammad au mois de Rabi‘ al-Awwal de l’année dix (10 AH). Il s'agit d'un événement qui en est très proche dans le temps : 

B) Hujjat al-Wada‘ (le pèlerinage d'adieu)

Le Prophète Muhammad (sws) a fait un seul Hajj d'après la tradition. Il s'agit du pèlerinage d’adieu (Hujjat al-Wada‘) qui se déroule en Dhul-Hijja 10 AH (le 12e mois). Si d'après le convertisseur de dates, Dhul-Hijja 10 AH commence du 28 février au 28 mars 632, alors le mois de Ramadan 10 AH se situe 3 mois lunaires plus tôt, c'est-à-dire du 28 novembre au 28 décembre 631. 

Cette date du mois de Ramadan commençant le 28 novembre et finissant le 28 décembre 631 (Ramadan 10 AH) est cohérent avec la partie 1️⃣) où Bibi avait conclu que le mois de Ramadan de la quinzième année de l’hégire (15 AH) avait commencé le 6 octobre 636. Pourquoi ?

Parce que l'on remarque qu'entre le 28 novembre 631, date du premier jour du mois de Ramadan 10 AH, et le 6 octobre 636, date du premier jour du mois de Ramadan 15 AH, il y a un recul du mois de Ramadan de 53 jours (28+31-6=53).

Et bien, dans le calendrier lunaire pur, en cinq ans, il est normal qu'il y ait environ 54 jours de recul par rapport au calendrier solaire (10,87×5=54). Ce qui veut dire que depuis cinq ans à partir de Dhul-Hijja 10 AH jusqu'au mois de Ramadan de la quinzième année de l’hégire (15 AH) au moins, le calendrier arabe n'a pas subi de rajout de mois intercalaire (sinon on serait à environ 54-30=24 jours de recul). Donc, on était bien passé du calendrier luni-solaire au calendrier lunaire à la fin de la mission prophétique.


Conclusion :

Le changement de calendrier luni-solaire vers le calendrier lunaire s'est produit depuis au moins l'époque du calife Omar, remontant probablement depuis la fin de la mission prophétique. Si le calendrier lunaire était une totale innovation, c'est-à-dire qui ne viendrait aucunement du Prophète Muhammad, pourquoi aucun compagnon ni successeur n'a protesté contre sa mise en place à l'époque du calife Omar ?

On sait que les tueurs du calife Othman l'accusaient entre autres d'innovations religieuses comme le fait d'introduire un deuxième appel à la prière ou la standardisation du mushaf. Pourquoi aucune trace concernant le calendrier lunaire si celui-ci était une innovation ?





mercredi 1 avril 2026

Mon avis sur l'ouvrage "Muhammad. Biographie intime. La vie d'un Prophète mal aimé" de Hela Ouardi qui parut le 1er avril 2026.

J'ai lu le dernier ouvrage de Héla Ouardi et je dois dire que j'ai été très déçu. Mais ce qui m'a intrigué surtout ce sont les passages inédits de l'ouvrage que l'on ne trouve ni dans la Sîra, ni dans les hadiths.





Au premier abord, l'auteure est universitaire et travaille pour le CNRS, ce qui devrait normalement garantir le sérieux de l'ouvrage, on pense à un ouvrage académique, neutre et objectif. L'ouvrage est bien écrit et se lit comme un roman. Pourtant, le livre est à charge et censure systématiquement les récits qui contredisent les récits que l'auteure mentionne. Du cherry picking en quelque sorte.

Il faut savoir que dans un article en ligne, trois importants spécialistes tunisiens, Hichem Djait (historien et islamologue), Mohammed Talbi (historien et islamologue) et Jomaa Assaad (philosophe et islamologue), doutent fortement qu'elle soit l'auteure de ses deux premiers livres comme elle le prétend car elle les a écrits en un temps très (trop) court, ce qui semble difficilement concevable venant de quelqu'un qui ne maîtrise pas aussi bien la langue française et l'arabe littéral dans la réalité [lire l'article en lien dans la note 1].

Je précise aussi que j'ai personnellement huit biographies du Prophète Muhammad (Ibn Ishaq, Tabari, Ibn Kathîr, Muhammad Hamidullah, Martin Lings, Hichem Djaït , Le Mahomet des historiens et Héla Ouardi), celui de Ouardi est largement la plus décevante.
Ce qui suit reprend les hypothèses isolées et inédites de son livre.


➡️ Muhammad n'est pas un personnage historique (p. 15) [cette interprétation va à l’encontre du consensus historiographique.]

➡️ il est né d'un mariage temporaire (p. 25)

➡️ il est le mal-aimé de sa famille (p. 36)

➡️ Khadîja et son cousin Waraqa se chargent de la formation théorique et pratique du nouveau prophète. Muhammad a été le disciple de Waraqa (p. 65 et 66)

➡️ le Prophète ne s'est pas exilé mais s'est fait expulser (p. 91-92 et 112) [à l'encontre de la Sīra et du Coran 17:76 qui dit que s'il avait été expulsé, les polythéistes de La Mecque ne seraient pas restés longtemps sur terre].

➡️ la majorité de la ville de Médine était indifférente au message du Prophète, de ce fait, la présence d'hypocrites lui semble illogique (p. 108).

➡️ Muhammad est embarrassé par des questions théologiques complexes des Juifs de Médine auxquelles il se montre incapable de répondre (p. 111).

➡️ Muhammad s'est marié avec Aïsha dans l'espoir qu'en grandissant elle ressemblerait à sa mère qu'il trouvait très belle (p. 114-115).

➡️ les razzias de l'armée de Muhammad sont menées envers les caravanes qui passent (surtout qurayshites). Muhammad et ses compagnons ne sont donc que des brigands [elle ne précise pas que ce sont uniquement les muhâjirûn, les musulmans mecquois qui ont fui La Mecque, qui participent aux razzias pour la simple raison qu'ils ont été spoliés de leurs biens à La Mecque] (p. 117).

➡️ les têtes des ennemis qurayshites tombent et roulent devant le Prophète qui se prosterne de joie. L'un d'entre eux a été dépecé avant d'avoir la tête coupée (p. 122).

➡️ à la bataille d'Uhud, Muhammad, abandonné par ses compagnons, se retrouve seul, il a très peur de mourir au point qu'il en a des syncopes. Prophète qui serait d'autant plus fragile puisque, selon l'auteure, ce fut un véritable traumatisme psychologique pour Muhammad d'avoir personnellement tué un ennemi (p. 151 et 153).

➡️ le Prophète est injuste envers ses petites-filles Zaynab et Umm Kulthûm (pourtant les filles de Fâtima et ‘Alî) puisque traitées avec indifférence (p. 158).

➡️ le Prophète envoie Abû Salama dans le but qu'il soit tué pour pouvoir épouser sa femme, rappelant l’histoire dans la Bible (2 Samuel 11) à propos du roi David et de sa relation hors mariage avec la femme Bethsabée qui était déjà mariée (le mari a été envoyé au front par David dans le but qu'il y meure afin qu'il épouse sa femme) (p. 160-161).

➡️ l'auteure avancera la même idée à propos de Zayd, le fils adoptif de Muhammad, qu'il veut envoyer à la mort pour épouser sa femme (p. 189-190). [

➡️ son épouse Hafsa lui inspire beaucoup d’indifférence (p. 163).

➡️ « depuis Uhud, Muhammad a cessé toute agression contre Quraysh : il a compris à quel point ses adversaires sont redoutables ; il n’attaque plus leurs caravanes et se contente de quelques razzias sur les tribus voisines de Médine. » L'auteure suggère une « peur » ou une « prudence » du Prophète face à la « redoutabilité » de Quraysh, elle suggère aussi que les attaques contre des tribus voisines sont gratuites et pas défensives comme l'indique pourtant la Sîra (p. 165 et 179).

➡️ sans attendre les trois mois réglementaires exigés en cas de mariage avec une veuve ou une divorcée, le Prophète consomme son union avec Juwayriya le jour même dans une tente en cuir dressée pour lui près de la source de Muraysî‘ (p. 197-198).

➡️ à propos de la calomnie dont a été victime Aïcha, l'épouse de Muhammad, l'auteure insinue qu'elle aurait eu une aventure avec Safwân ibn al-Mu‘attal qui l'avait trouvée, contredisant par la même occasion le Coran et les hadiths qui affirment son innocence (p. 205).

➡️ l'armistice de Hudaybiyya entre les musulmans et les Qurayshites qui a conduit à la conquête pacifique de La Mecque serait non pas un coup de génie comme l'indique le consensus des historiens mais une véritable capitulation.
De plus, l'auteure parle systématiquement de rite païen adopté par Muhammad sans jamais dire que c'est à l'origine, d'après le Coran et la tradition, un retour au rite abrahamique avec Abraham qui a construit la Kaaba avec son fils Ismaël (p. 215).

➡️ Muhammad serait l’allié, voire l’agent des Byzantins (p. 219).

➡️ les musulmans réfugiés en Abyssinie étaient en dissidence contre le Prophète (p. 220).

➡️ le Prophète fait semblant d'avoir été ensorcelé par un juif de Khaybar pour les attaquer (p. 224).

➡️ le Prophète est instable (p. 234).

➡️ contrairement à ce qu'affirme la tradition, la trêve signée à Hudaybiya est une conséquence de sa faiblesse à cause des échecs militaires successifs (p. 260).

➡️ le Prophète pratique une politique belliqueuse menée inlassablement pendant huit ans contre les Juifs (p. 291).

➡️ malgré la conquête de La Mecque, il y a eu un veto de Quraysh qui ne voulait toujours pas de lui dans leur ville. Muhammad est persona non grata et n’a jamais cessé d’être l’enfant mal-aimé du pays (p. 293). L'auteure rajoute : "les notables du clan ne l’ont pas autorisé à revenir s’installer à La Mecque, Muhammad mourra exilé." (p. 360).

➡️ mise en doute de l’appartenance de Muhammad à Quraysh (p. 294).

➡️ le Prophète a eu des mariages temporaires avec certaines femmes (p. 308).

➡️ le Prophète est en union libre avec un nombre illimité de femmes (p. 334).

➡️ stérilité de Muhammad, au moins à partir de la cinquantaine (p. 350).

➡️ la vie privée de Muhammad est instable et inconstante (p. 352).

➡️ "le seul mariage heureux de Muhammad est paradoxalement celui où Dieu n’est pas intervenu" (p. 353).

➡️ "Muhammad, l’enfant délaissé, se vengera de ses parents indignes : il les enverra tous les deux en enfer." (p. 360)

➡️ "les musulmans doivent rompre tout lien avec les pères, les fils et les frères et tout membre de la famille si ces derniers demeurent mécréants" (p. 362).


Référence :
[1]
https://www.lesemeurs.com/Article.aspx?ID=6980&fbclid=IwdGRzaAPGm0ZjbGNrA8aY9WV4dG4DYWVtAjExAHNydGMGYXBwX2lkDDM1MDY4NTUzMTcyOAABHsdOuU4FwLAQcarcl05LDKcdp1TnXP0K64TgH4cZ-MsBuRcrxIp43bGCbWI5_aem_gZJvreb7etUy_aPX-q-F7Q&sfnsn=scwspwa


dimanche 29 mars 2026

Adam et son épouse étaient d'abord dans un jardin céleste ou terrestre dans le Coran ?

Les savants musulmans ont divergé au sujet du jardin où se trouvaient Adam et son épouse au moment où ils avaient mangé du fruit de l'arbre, pourtant défendu par Dieu, ce qui leur fit apparaître leur nudité. Certains, la majorité, affirment que c'est un jardin céleste, le Paradis, tandis que d'autres exégètes affirment que c'est un jardin terrestre. J'avais l'opinion de la majorité des exégètes. Mais après réflexion, je penche maintenant pour un jardin terrestre pour plusieurs raisons.




➡️ Il est certain que le Coran 20:118-119, qui désigne ce jardin où la faim, la nudité, la soif et l'ardeur d'un soleil ne pouvaient atteindre le couple, ne permet pas de savoir si ce jardin était céleste ou terrestre. On peut toutefois remarquer que dans le paradis céleste, il n'y a qu'un seul royaume, celui de Dieu, tandis que dans le paradis terrestre il y a des royaumes terrestres tenus par des hommes. Or le Coran 7:20 et 20:120 indiquent qu'en mangeant du fruit de l'arbre, Adam et son épouse pensaient devenir des rois.

➡️ Autre argument en faveur du paradis terrestre, certainement le plus solide : quand Dieu ordonne à Adam et son épouse de descendre du jardin c'était par leur propre moyen qu'ils devaient le faire (اهبطوا "descendez" C.2:36, 38 ; 7:24). Comment auraient-ils pu faire pour partir par leur propre moyen du jardin/Paradis céleste vers la Terre ?

➡️ L'hypothèse défendue ici que le jardin où étaient Adam et son épouse se situe sur la planète Terre est d'autant plus solide si son épouse est née sur cette planète avec un père et une mère. Hypothèse que j'ai soutenu dans la publication intitulée "Adam est-il vraiment le premier homme sur terre ?"

➡️ Dernier argument : si Jésus a été créé de manière semblable à Adam, de poussière terrestre, il serait alors pertinent de penser que comme Jésus a été créé sur terre miraculeusement, Adam aussi à été créé sur terre miraculeusement, ce qui laisse entendre qu'Adam n'a jamais vécu dans le paradis céleste :

إِنَّ مَثَلَ عِيسَى عِندَ اللَّهِ كَمَثَلِ آدَمَ خَلَقَهُ مِن تُرَابٍ ثُمَّ قَالَ لَهُ كُن فَيَكُونُ (3:59)

Pour Allah, Jésus est comme Adam qu’Il créa de poussière, puis Il lui dit : « Sois »: et il fut. (C.3:59)

La poussière terrestre a permis la création d'Adam directement sur terre et pas au Paradis (comme la création de Jésus selon le passage coranique). De ce fait, j'imagine mal qu'après la création d'Adam sur terre, celui-ci ait été transporté ensuite au Paradis céleste pour redescendre finalement sur la planète Terre. Un va-et-vient qui me semble un peu lourd pour ne pas dire inutile.

➡️ En fin de compte, il me semble que de la même manière que les anges ne peuvent désobéir à Dieu, le Paradis céleste,  Royaume de Dieu, ne peut contenir de péchés. Ni Adam et son épouse, ni Iblis n'y ont commis la désobéissance. Ils ont commis la désobéissance sur terre. 

➡️ Je précise enfin que cette interprétation va dans le sens de la Bible qui affirme que le jardin d'Éden est terrestre dans Genèse 2:10-14 et Genèse 2:8 : 

« L’Éternel Dieu planta un jardin en Éden, du côté de l’Orient, et il y mit l’homme qu’il avait formé. »

dimanche 18 janvier 2026

De l'abolition de l'esclavage à l'obsolescence de la guerre : une finalité coranique

Le Coran 47:4, sourate médinoise tardive, prescrit la libération gratuite des prisonniers ou contre rançon une fois la guerre terminée, sans mentionner l'esclavage explicitement. D'autres versets encouragent l'affranchissement des esclaves comme œuvre de piété ou acte d'expiation (2:177, 4:92, 5:89, 9:60, 24:33, 58:3, 90:13). Son interdiction n'a pas été clairement proclamée dans le Coran à cause de la réalité du monde de l'Antiquité, où l'esclavagisme était une norme internationale et un pilier économique et social.

Les hadiths et les historiens de l'époque ancienne mentionnent quelques cas de mise en esclavage à l'époque du Prophète Muhammad, sachant que d'autres prophètes bibliques l'ont fait aussi. Sans me prononcer sur la réalité des faits relatés, je remarque que la réalité du monde et son contexte rendaient cette pratique difficilement évitable à l'époque. Cependant, des droits inédits leur ont été accordés en Islam comme l'interdiction de la maltraitance, d'après deux célèbres hadiths (sinon c'est la liberté qui lui est accordé comme compensation), ou la possibilité de racheter leur liberté, d'après le Coran 24:33 (ce verset ordonne non seulement d'accepter le rachat, mais aussi d'aider financièrement l'esclave à payer sa propre liberté).
J'ose faire un parallèle : comme je l'avais remarqué dans une précédente publication, le Coran encourage fortement les hommes à innover dans les armes défensives sans jamais inciter à innover dans les armes offensives (16:81 ; 21:80 et 34:10-11), en insistant sur la paix entre les peuples comme objectif ultime (8:61 et 49:13). Peut-être qu'à l'image de l'esclavage, dont le Coran favorisait l'extinction progressive par l'affranchissement, étape franchie lorsque l'homme devint assez mûr, les armes offensives pourraient un jour disparaître au profit de la seule légitime défense. En effet, les armes défensives visent à rendre la guerre offensive inutile et inefficace. Si la défense est parfaite, l'attaque devient obsolète. Cependant, ce passage de l'offensive à la protection pure exige un degré d'éveil et de maturité que notre civilisation n'a pas encore conquis. 







mercredi 24 décembre 2025

Adam est-il vraiment le premier homme dans le Coran ?

Adam est présenté par les exégètes musulmans et par la Bible comme étant le premier homme sur terre. Que dit le Coran à ce sujet ?







Pour Dieu, la création d'Adam est semblable à la création de Jésus, Adam fut créé de terre et Il lui a dit Soit et il fut (C.3:59). Pourquoi Dieu parle t-Il de la création d'Adam et pas de la création de son épouse dans le C.15:28-31 (« Et lorsque ton Seigneur dit aux Anges: « Je vais créer un homme d'argile crissante, extraite d'une boue malléable ») et C.38:71 (« Quand ton Seigneur dit aux Anges: « Je vais créer d'argile un être humain ») ? Parce que son épouse n'a pas eu besoin d'être créée miraculeusement comme Adam puisqu'elle est née probablement de l'union d'une mère et d'un père. Adam a été créé sans père ni mère, un miracle que le Coran compare avec celui de la naissance de Jésus qui n'avait pas de père non plus mais une mère, Maryam (Marie).

On descend tous d'une seule âme et de cette âme Dieu créa son épouse, nous dit le Coran (C.4:1 , C.7:189 et C.39:6). Et justement, dans C.7: 189-190 sans les nommer, ce couple que Dieu créa, avec la première âme créée de l'humanité et d'où son épouse a été tirée, invoqua Dieu disant que s'il leur donnait un enfant en bonne santé ils seraient reconnaissant envers Lui. Et lorsque Dieu excauça leur vœu, ces deux personnes « assignèrent à Allah des associés en ce qu'Il leur avait donné » (C.7:190).

Ces deux âmes créées, premières de l'humanité, n'étaient donc pas Adam et son épouse, contrairement aux avis de la grande majorité des exégètes, ils étaient antérieures à eux. Adam et son épouse ont fauté en mangeant de l'arbre que Dieu leur avait pourtant interdit, mais ils n'ont pas commis le shirk, l'associanisme qui est le pire des péchés, ce dont les prophètes en sont immunisés (Adam est un prophète en islam et est tout du moins un personnage rapproché de Dieu). Un certain nombre d'exégètes tordent le texte en attibuant ce shirk à la descendance d'Adam et Hawa (Ève) au détriment de la rhétorique coranique et de sa grammaire. D'ailleurs, lorsque les anges dirent à Dieu que s'Il établi un Vicaire sur Terre, celui-ci y fera régner le désordre et fera couler le sang (C.2:30-35), ils faisaient très probablement référence aux actes passés de la descendance de ce premier couple de l'humanité, dont ils craignaient qu'Adam reproduirait les mêmes fautes. Mais Dieu avait un plan pour Adam afin de contrer le désordre et l'effusion de sang : c'était celui de la connaissance.

Une autre observation mérite d’être soulignée : dans le Coran 4:1, Dieu s’adresse à l’humanité dans son ensemble en employant l’expression « yā ayyuhā al-nās » (« Ô gens »), afin de rappeler qu’elle a été créée à partir d’une seule âme, et que de celle-ci fut tirée son épouse. Or, le verset ne dit pas « yā banī Ādam » (« Ô enfants d’Adam »), mais bien « yā ayyuhā al-nās ». Cette formulation suggère que Dieu interpelle ici l’humanité entière en tant que descendante d’une première création commune, sans que celle-ci soit explicitement identifiée à Adam. C'est comme si le père commun de l'humanité n'était pas Adam mais une âme qui l'a précédé. Si Adam était le premier humain de l'humanité, il aurait été plus cohérent dans le Coran 4:1 d'interpeller l'humanité entière avec l'expression « aux enfants d'Adam » pour insinuer qu'elle descend entièrement de lui. Or ce n'est pas le cas.
En effet, l'expression « yā ayyuhā al-nās » qui a 20 occurrences dans le Coran est plus universelle que l'expression « yā banī Ādam » (« Ô enfants d’Adam »). Cette dernière expression n'a que cinq occurrences que l'on retrouve dans deux sourates mécquoises et dont quatre occurrences se trouvent dans la sourate 7.

Voyons maintenant deux versets qui parlent de la promesse du Shaytan (Satan) de la royauté et de l'éternité pour Adam et Hawa s'ils mangeaient de l'arbre interdit :

1️⃣ Sourate Al-A'raf (7), verset 20 :
« Puis le Diable, afin de leur rendre visible ce qui leur était caché - leurs nudités - leur chuchota, disant : « Votre Seigneur ne vous a interdit cet arbre que pour vous empêcher de devenir des anges ou d'être immortels. »
( وَقَالَ مَا نَهَاكُمَا رَبُّكُمَا عَنْ هَٰذِهِ الشَّجَرَةِ إِلَّا أَن تَكُونَا مَلَكَيْنِ أَوْ تَكُونَا مِنَ الْخَالِدِينَ)

2️⃣ Sourate Ta-Ha (20), verset 120 :
« Mais Satan le tenta, lui disant : « Ô Adam, t'indiquerai-je l'arbre de l'éternité et un royaume impérissable ? »
( قَالَ يَا آدَمُ هَلْ أَدُلُّكَ عَلَىٰ شَجَرَةِ الْخُلْدِ وَمُلْكٍ لَّا يَبْلَىٰ)

La sourate Al-A'raf (7:20) utilise le mot arabe « malakayn » (مَلَكَيْنِ), qui est généralement traduit par « deux anges » dans les interprétations standard du Coran, basées sur la vocalisation courante (avec fatha sur le lam). Cependant, en raison de l'absence de voyelles dans le texte coranique original (rasm), ce mot peut aussi être lu comme « malikayn » (مَلِكَيْنِ), signifiant « deux rois » d'après plusieurs exégètes comme Ibn Kathir. Ainsi, avec l'interprétation qui va dans le sens de rois, ce passage coranique est plus cohérent avec le Coran 20:120 qui parle, lui, bien de royauté.

Tout cela pour dire que le Shaytan incita Adam et Hawa à manger de l'arbre interdit leur faisant croire qu'ils seront après cela des rois et/ou des immortels. Mais sur qui auraient-ils pu régner si Adam et Hawa étaient les premiers humains sur terre ?

➡️ Finalement, et si c'était Ibn 'Arabi qui avait raison lorsqu'il affirmait que le Vicaire que Dieu désigna en Adam face aux anges dans le Coran 2:30 signifie qu'il était le successeur de ses prédécesseurs [1], les humains ?
Et si finalement c'était encore lui qui avait raison lorsqu'il rapporta un hadith du Prophète Muhammad ﷺ disant que : « avant Adam, il y eut 100 000 Adam » [2] ?

Références :

[1] voir « Les Adams d’Ibn 'Arabi », Université Catholique de Louvain (UCL), Mémoire de Gregory Vandamme, 2016).

[2] dans ses Illuminations mecquoises, Ibn ʿArabī rapporte le premier un hadîth du Prophète qui dit : « Avant Adam, il y eut 100 000 Adam », voir p. 8 de la mémoire de Gregory Vandamme, Futûhât al-makkiya, VI, Bâb 390, p. 369, Dâr al-kutub al– « ilmiya (DKI), Beyrouth. Voir aussi l’article en ligne « D’une humanité avant Adam » de Charlie Marquette.

samedi 29 novembre 2025

LA QUESTION DU CHÂTIMENT VENANT DES HOMMES DANS LE CORAN EN GÉNÉRAL ET DE LA LAPIDATION EN PARTICULIER

Dans le Coran, le châtiment divin sur terre peut inclure la mort (C.7:73 ; 11:64 et 76 ; 26:158 189 ; 54:16, 21, 31, 37) ou pas (C.22:47 ; 32:21 ; 43:48 et 50 ; 68:33).




Concernant les humains usant du châtiment, "al-'adhāb", (العذاب) envers d'autres humains, cela n'implique jamais la mort dans le Coran. Il y a bien un cas qui pourrait être interprété comme la mise a mort mais il n'en n'est rien. Il s'agit du cas de Pharaon où trois passages indiquent qu'il tuait les enfants mâles et laissait en vie les femmes (C.2:49 ; 7:141 ; 14:6). Ces trois passages indiquent en réalité que c'était le pire châtiment infligé aux enfants d'Israël car [ils ont vu] leurs enfants mâles tués/égorgés, c'était donc une torture pour les enfants d’Israël que d'assister aux meurtres de ses enfants. Il ne s'agit donc pas d'une mise à mort de celui qui subissait ce châtiment, al-'adhāb.

Parmi les humains, commençons par les prophètes. On remarque que les châtiments venant d'eux n'entraînent pas forcément la mort. Il s'agit :

➡️ du châtiment, al-'adhāb, que Salomon menace de faire subir à une hupe (C.27:21). Le prophète la menace de lui faire subir un dur châtiment, al-'adhāb, ou de l'égorger, sauf si elle lui apporte un bon argument. On comprend dès lors que ce dur châtiment exclut la mise à mort puisqu'il pensait soit au dur châtiment soit à l'égorgement.

➡️ des châtiments, al-'adhāb, que subissent les djiins qui étaient sous les ordres de Salomon (C.34:14). Ces châtiments ne concernent évidemment pas une mise à mort puisqu'ils la subissaient avant qu'ils ne se rendent compte de la mort de Salomon qui la leur imposait.

➡️ des châtiments que fait subir Dûl-Qarnayn à ceux qui mécroient (C.18:87). Ici, il n'est pas explicitement dit que les mécréants subissent la mise à mort ou pas. C'est le seul cas où l'on n'a pas de certitude.

Bien entendu, lorsque les prophètes sont envoyés par Dieu vers leurs peuples pour les appeler à Lui, s'ils refusent de croire, alors le châtiment de Dieu tombe sur eux, entraînant leurs morts.

Concernant les musulmans de l'époque prophétique, on peut dénombrer trois passages coraniques où des compagnons doivent faire subir le châtiment, al-'adhāb, sans mise à mort : 

1️⃣ C.4:25 indique que si l'on se marie avec une femme esclave et que par la suite elle commet l'adultère, la 'zina'*, celle-ci recoit la moitié du châtiment, al-'adhāb, des femmes libres et mariées ; 

*En arabe, le terme 'zina' se traduit indistinctement par fornication/adultère.

2️⃣ C.24:2 ceux qui font la 'zina' (fornication) reçoivent 100 coups de fouet comme châtiment, 'adhāb ; 

3️⃣ C.24: 4. 80 coups de fouet contre ceux qui accusent des gens de commettre la 'zina' sans pouvoir apporter 4 témoins. Le mot châtiment, al-'adhāb, n'est ici pas mentionné mais il est implicite.

Ces faits établis, il est maintenant certain que le Coran 24:8 indique un châtiment, al-'adhāb, qui doit être appliqué contre des femmes mariées** ayant commis l'adultère mais sans entraîner la mort, comme l'indique de manière implicite le Coran 4:25. Ceci implique que les hommes et les femmes mariés qui commettent l'adultère reçoivent, comme les célibataires, 100 coups de fouet, et non une mise à mort par lapidation comme indiqué dans de nombreux hadiths.

**pour ce cas particulier mais cela concerne aussi les hommes en général.


Une question s'impose : comment expliquer que dans le Coran, les prophètes Salomon, et probablement Dûl-Qarnayn, prévoyaient un châtiment contre les mécréants qui refusaient de croire sans pour autant les mettre à mort alors que la mécréance est un péché encore plus grave que l'adultère ?

En effet, on sait que Salomon, qui avait une armée puissante, n'envisageait pas de massacrer les mécréants du peuple de Saba s'ils refusaient de croire en Dieu mais de les punir dans ce bas-monde en les expulsant de leur terre (C.27:37). 

Le Coran indique de manière claire et à de nombreuses reprises que la croyance en Dieu ne peut se faire sous la contrainte. 

Au temps de Muhammad ﷺ, la liberté de croire ou de mécroire était totale. Salomon, et probablement Dûl-Qarnayn, ont pris la décision de sanctionner les mécréants dans ce bas-monde pour les éprouver sans pour autant les mettre à mort, ce qui les condamnerait à l'Enfer de manière certaine. On peut faire le parallèle avec les passages coraniques où Dieu châti, après avoir envoyé Moïse, les mécreants d'Égypte dans ce bas-monde sans mise à mort dans le but qu'ils reviennent à Lui (C.32: 21 ; C.43:48 et 50). Car la Miséricorde de Dieu devance Sa colère d'après un hadith connu.

Tous ces éléments m'amènent à conclure qu'il y a une dichotomie forte sur ce sujet entre le Coran et les hadiths qui mentionnent la lapidation pour adultère. Cette dichotomie a été "résolue" par des savants musulmans avec la théorie de l'abrogation du Coran par les hadiths mutawatir. Or pour d'autres savants musulmans comme l'imam ach-Châfi'î, à l'origine de cette théorie, seul le Coran abroge le Coran. Mais c'est le savant Mohammed al-Ghazali (1917-1996) qui a le mieux compris la question de l'abrogation. Selon lui, l'abrogation de certains versets par d'autres est une vision totalement fausse. Tout verset peut agir sur la société à un moment donné. Il suffit de savoir quand actionner un verset, et c'est ainsi qu'on peut parler d'un Coran valable pour tous les temps et tous les lieux (Mohamed al-Ghazalî, "Comprendre le Coran aujourd'hui", éd. Universel, 2006, p.120-121).


Remarque

Pour ce qui est du C.33:30, contrairement à ce que l'on pourrait penser, pour le châtiment, al-'adhāb, indiqué, il s'agit d'un châtiment quadruplé dans l'au-delà qui est évoqué dans le cas où une épouse du Prophète Muhammad commettrait la turpitude. En effet, le terme, "Il double / (يُضَاعَفْ)", a 9 occurrences dans le Coran, et 8 d'entre elles parlent du châtiment dans l'au-delà. C'est pourquoi le châtiment, al-'adhāb, du Coran 33:30 concerne très probablement l'au-delà. D'ailleurs, quel musulman pourrait, ne serait-ce que par respect envers le prophète Muhammad ﷺ, imaginer lever la main sur une de ses femmes ?

يَا نِسَاءَ النَّبِيِّ مَن يَأْتِ مِنكُنَّ بِفَاحِشَةٍ مُّبَيِّنَةٍ يُضَاعَفْ لَهَا الْعَذَابُ ضِعْفَيْنِ وَكَانَ ذَلِكَ عَلَى اللَّهِ يَسِيرًا (33:30)

mardi 18 novembre 2025

Le rūh (Esprit) dans le Coran

Les sourates 15 et 38 laissent entendre que la prosternation des anges devait suivre la formation du corps et l’insufflation du rūḥ (Esprit) divin en Adam. Or, la sourate 2 (v. 34) présente cette prosternation comme intervenant après qu’Adam a reçu la connaissance des « noms » (v.30-33).

Ces éléments suggèrent que le rūh divin des sourates 15 et 38 est intrinsèquement lié au savoir que Dieu confère à Adam dans la sourate 2, savoir qui fonde sa fonction de Vicaire (khalīfa). Ainsi, la nature du rūḥ dépasse largement la simple animation vitale comme l'indique le verset suivant : 

[Les Infidèles] t’interrogent sur l’Esprit (rûḥ). Réponds : « L’Esprit procède de l’Ordre de ton Seigneur et il ne vous a été donné que peu de science». (C. 17 : 85)