J'ai lu le dernier ouvrage de Héla Ouardi et je dois dire que j'ai été très déçu. Mais ce qui m'a intrigué surtout ce sont les passages inédits de l'ouvrage que l'on ne trouve ni dans la Sîra, ni dans les hadiths.
Au premier abord, l'auteure est universitaire et travaille pour le CNRS, ce qui devrait normalement garantir le sérieux de l'ouvrage, on pense à un ouvrage académique, neutre et objectif. L'ouvrage est bien écrit et se lit comme un roman. Pourtant, le livre est à charge et censure systématiquement les récits qui contredisent les récits que l'auteure mentionne. Du cherry picking en quelque sorte.
Il faut savoir que dans un article en ligne, trois importants spécialistes tunisiens, Hichem Djait (historien et islamologue), Mohammed Talbi (historien et islamologue) et Jomaa Assaad (philosophe et islamologue), doutent fortement qu'elle soit l'auteure de ses deux premiers livres comme elle le prétend car elle les a écrits en un temps très (trop) court, ce qui semble difficilement concevable venant de quelqu'un qui ne maîtrise pas aussi bien la langue française et l'arabe littéral dans la réalité [lire l'article en lien dans la note 1].
Je précise aussi que j'ai personnellement huit biographies du Prophète Muhammad (Ibn Ishaq, Tabari, Ibn Kathîr, Muhammad Hamidullah, Martin Lings, Hichem Djaït , Le Mahomet des historiens et Héla Ouardi), celui de Ouardi est largement la plus décevante.
Ce qui suit reprend les hypothèses isolées et inédites de son livre.
➡️ Muhammad n'est pas un personnage historique (p. 15) [cette interprétation va à l’encontre du consensus historiographique.]
➡️ il est né d'un mariage temporaire (p. 25)
➡️ il est le mal-aimé de sa famille (p. 36)
➡️ Khadîja et son cousin Waraqa se chargent de la formation théorique et pratique du nouveau prophète. Muhammad a été le disciple de Waraqa (p. 65 et 66)
➡️ le Prophète ne s'est pas exilé mais s'est fait expulser (p. 91-92 et 112) [à l'encontre de la Sīra et du Coran 17:76 qui dit que s'il avait été expulsé, les polythéistes de La Mecque ne seraient pas restés longtemps sur terre].
➡️ la majorité de la ville de Médine était indifférente au message du Prophète, de ce fait, la présence d'hypocrites lui semble illogique (p. 108).
➡️ Muhammad est embarrassé par des questions théologiques complexes des Juifs de Médine auxquelles il se montre incapable de répondre (p. 111).
➡️ Muhammad s'est marié avec Aïsha dans l'espoir qu'en grandissant elle ressemblerait à sa mère qu'il trouvait très belle (p. 114-115).
➡️ les razzias de l'armée de Muhammad sont menées envers les caravanes qui passent (surtout qurayshites). Muhammad et ses compagnons ne sont donc que des brigands [elle ne précise pas que ce sont uniquement les muhâjirûn, les musulmans mecquois qui ont fui La Mecque, qui participent aux razzias pour la simple raison qu'ils ont été spoliés de leurs biens à La Mecque] (p. 117).
➡️ les têtes des ennemis qurayshites tombent et roulent devant le Prophète qui se prosterne de joie. L'un d'entre eux a été dépecé avant d'avoir la tête coupée (p. 122).
➡️ à la bataille d'Uhud, Muhammad, abandonné par ses compagnons, se retrouve seul, il a très peur de mourir au point qu'il en a des syncopes. Prophète qui serait d'autant plus fragile puisque, selon l'auteure, ce fut un véritable traumatisme psychologique pour Muhammad d'avoir personnellement tué un ennemi (p. 151 et 153).
➡️ le Prophète est injuste envers ses petites-filles Zaynab et Umm Kulthûm (pourtant les filles de Fâtima et ‘Alî) puisque traitées avec indifférence (p. 158).
➡️ le Prophète envoie Abû Salama dans le but qu'il soit tué pour pouvoir épouser sa femme, rappelant l’histoire dans la Bible (2 Samuel 11) à propos du roi David et de sa relation hors mariage avec la femme Bethsabée qui était déjà mariée (le mari a été envoyé au front par David dans le but qu'il y meure afin qu'il épouse sa femme) (p. 160-161).
➡️ l'auteure avancera la même idée à propos de Zayd, le fils adoptif de Muhammad, qu'il veut envoyer à la mort pour épouser sa femme (p. 189-190). [
➡️ son épouse Hafsa lui inspire beaucoup d’indifférence (p. 163).
➡️ « depuis Uhud, Muhammad a cessé toute agression contre Quraysh : il a compris à quel point ses adversaires sont redoutables ; il n’attaque plus leurs caravanes et se contente de quelques razzias sur les tribus voisines de Médine. » L'auteure suggère une « peur » ou une « prudence » du Prophète face à la « redoutabilité » de Quraysh, elle suggère aussi que les attaques contre des tribus voisines sont gratuites et pas défensives comme l'indique pourtant la Sîra (p. 165 et 179).
➡️ sans attendre les trois mois réglementaires exigés en cas de mariage avec une veuve ou une divorcée, le Prophète consomme son union avec Juwayriya le jour même dans une tente en cuir dressée pour lui près de la source de Muraysî‘ (p. 197-198).
➡️ à propos de la calomnie dont a été victime Aïcha, l'épouse de Muhammad, l'auteure insinue qu'elle aurait eu une aventure avec Safwân ibn al-Mu‘attal qui l'avait trouvée, contredisant par la même occasion le Coran et les hadiths qui affirment son innocence (p. 205).
➡️ l'armistice de Hudaybiyya entre les musulmans et les Qurayshites qui a conduit à la conquête pacifique de La Mecque serait non pas un coup de génie comme l'indique le consensus des historiens mais une véritable capitulation.
De plus, l'auteure parle systématiquement de rite païen adopté par Muhammad sans jamais dire que c'est à l'origine, d'après le Coran et la tradition, un retour au rite abrahamique avec Abraham qui a construit la Kaaba avec son fils Ismaël (p. 215).
➡️ Muhammad serait l’allié, voire l’agent des Byzantins (p. 219).
➡️ les musulmans réfugiés en Abyssinie étaient en dissidence contre le Prophète (p. 220).
➡️ le Prophète fait semblant d'avoir été ensorcelé par un juif de Khaybar pour les attaquer (p. 224).
➡️ le Prophète est instable (p. 234).
➡️ contrairement à ce qu'affirme la tradition, la trêve signée à Hudaybiya est une conséquence de sa faiblesse à cause des échecs militaires successifs (p. 260).
➡️ le Prophète pratique une politique belliqueuse menée inlassablement pendant huit ans contre les Juifs (p. 291).
➡️ malgré la conquête de La Mecque, il y a eu un veto de Quraysh qui ne voulait toujours pas de lui dans leur ville. Muhammad est persona non grata et n’a jamais cessé d’être l’enfant mal-aimé du pays (p. 293). L'auteure rajoute : "les notables du clan ne l’ont pas autorisé à revenir s’installer à La Mecque, Muhammad mourra exilé." (p. 360).
➡️ mise en doute de l’appartenance de Muhammad à Quraysh (p. 294).
➡️ le Prophète a eu des mariages temporaires avec certaines femmes (p. 308).
➡️ le Prophète est en union libre avec un nombre illimité de femmes (p. 334).
➡️ stérilité de Muhammad, au moins à partir de la cinquantaine (p. 350).
➡️ la vie privée de Muhammad est instable et inconstante (p. 352).
➡️ "le seul mariage heureux de Muhammad est paradoxalement celui où Dieu n’est pas intervenu" (p. 353).
➡️ "Muhammad, l’enfant délaissé, se vengera de ses parents indignes : il les enverra tous les deux en enfer." (p. 360)
➡️ "les musulmans doivent rompre tout lien avec les pères, les fils et les frères et tout membre de la famille si ces derniers demeurent mécréants" (p. 362).
Référence :
[1]
https://www.lesemeurs.com/Article.aspx?ID=6980&fbclid=IwdGRzaAPGm0ZjbGNrA8aY9WV4dG4DYWVtAjExAHNydGMGYXBwX2lkDDM1MDY4NTUzMTcyOAABHsdOuU4FwLAQcarcl05LDKcdp1TnXP0K64TgH4cZ-MsBuRcrxIp43bGCbWI5_aem_gZJvreb7etUy_aPX-q-F7Q&sfnsn=scwspwa

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire